jeudi 13 août 2015

Entretien avec Rodolphe Laurent

Rodolphe Laurent, l'homme derrière Inferno et Le Bissophile, nous parle sans langue de bois de ses débuts dans le fanzinat, de ses rapports avec les autres fanéditeurs, du prochain Bissophile et bien d'autres choses encore.
Alors accrochez vous à votre clavier, c'est parti, c'est tout droit et pas question d'éviter les obstacles.

-Quand as-tu commencé à t'intéresser au cinéma Bis? Et comment a débuté pour toi l'aventure du fanzinat?
 
Mon tout premier contact avec le cinéma populaire italien, ce fut un long extrait du Bon, la brute et le truand diffusé dans l'émission TV La séquence du spectateur, qui passait le dimanche midi. C'était au milieu des années 70. Un peu après, je me suis procuré un superbe poster de Clint Eastwood en Homme sans nom, qui est resté punaisé dans ma chambre des années. Début 1979 (j'avais 13 ans), plusieurs "Winnetou" (L' appât de l'or noir, Parmi les vautours...) ont été diffusés sur FR3, mais ils ne m'avaient pas "bouleversifié" plus que ça. La même année, j'avais pris en route Le Retour de Sabata, également sur la 3e chaîne, et là, par contre, j'avais été scotché. Mais le coup de grâce, ce fut à la fin de l'année la première vision de Mon nom est Personne : c'était génial ! (36 ans après, il est toujours dans mon Top 100). En 1981, j'ai vu mon premier "bis" au cinéma : Le Lac des morts-vivants. L'année suivante, pour Noël, j'ai eu le Livre d'or du cinéma 1981/1982, qui recensait les films sortis dans l'année. C'est là que j'ai découvert les noms d'Argento, Fulci, d'Amato et Cie. Au milieu des années 80, j'ai commencé à commander d'anciens Mad Movies et Ecran fantastique. Mais c'est fin 1987 que tout s'est joué lorsque j'ai mis la main sur le Nostalgia HS Jack Palance dans le rayon cinéma de la Maison de la presse de Troyes. Les courtes critiques sur les films bis italiens de Palance étaient passionnantes. Mais surtout, il y avait dans un coin un encart sur le dictionnaire des westerns italiens de Gian Lhassa, que je commandais illico. Ce bouquin, je l'ai épluché pendant des heures. En quelque sorte, ce fut là la première étape vers le fanzinat... Mais je ne le savais pas encore. La 2e fut l'achat à la boutique Movies 2000 d'une reliure de trois Star Ciné Vidéo
Le contenu était passionnant. Je n'avais encore jamais rien lu de tel. Enfin, toujours en 1988, j'achetai mon premier fanzine, Frénétic 3 - la 3e étape. Le contenu était passionnant mais la forme dégueulasse (des dizaines de coquilles et de fautes d'orthographe). Déjà, durant cette année-là, où j'étais au service militaire, avec Frédéric Mathieu (futur fanéditeur du Fossoyeur et de Prom Night), on avait commencé les nuits vidéo 100 % bis italien. Le soir même de mon retour à la vie civile (le 29 mars 1989), nous en avons organisé une parfaitement calibrée : un giallo, un fantastique, un western et une sexy-comédie. Ca a continué les semaines suivantes, et une fois, pendant une pause nocturne où on déambulait en causant bis à outrance, l'idée de la création d'un fanzine est née... sans doute vers les 3 ou 4 h du matin ! Le concept était simple : du bis rital avant tout. A l'époque, je n'avais pas un rond. J'ai utilisé la machine à traitement de texte de mon père (qui fonctionnait avec un rouleau permettant de revenir en arrière en cas de faute de frappe) et pour l'impression, c'était la photocopieuse de la banque où une de mes tantes travaillait. J'ai choisi le nom d'Inferno car le film d'Argento était mon préféré à ce moment-là (aujourd'hui, c'est Pat Garrett & Billy le Kid... suivi il est vrai de Suspiria). Le n°1 a été pondu en un mois (je ne travaillais pas). Je peux dire que c'est une formidable passion qui m'a alors saisi, cette sensation qu'on ne peut pas comprendre si on n'a jamais rien créé. Et ça dure maintenant depuis 26 ans...


-Tu démarrais en trombe avec un Inferno spécial Bis italien. Tu te souviens comment ce premier numéro fut accueilli?
Avec Frédéric, nous ne jurions que par le bis italien. C'était presque pathologique ! On voulait tout voir, dans tous les genres, parler de tout... Il faut dire qu'à l'époque, le cinoche transalpin étant complètement négligé. Seul Marc Toullec en parlait parfois dans Mad Movies. Côté zines, on avait vite fait le tour. Il y avait Ciné Zine Zone (que je ne connaissait pas encore) et Monster Bis (en période de stand-by). Frénétic ne sortait plus et Médusa ne faisait pas encore dans le bis (c'est venu bien plus tard). Il n'y avait guère que Fusion Fantasy, lancé trois mois avant nous. Du coup, le n°1, tiré à une cinquantaine d'exemplaires, a été très bien accueilli (en fait surtout après la sortie du n°2 / voir plus loin). En ce temps-là, les lecteurs se fendaient de très (voire très très très) longues lettres. Un mois plus tard seulement sortait le n°2 et Jean-Pierre Putters l'a très aimablement évoqué dans sa fameuse Zinotek (d'où des commandes de ce n°2, puis du n°1...). Seule note discordante : Stéphane Derderian, le fanéditeur de Frénétic. Frédéric lui avait écrit mais c'est à moi qu'il a répondu. Sa lettre - que j'ai longtemps voulu reproduire dans Inferno - était incroyablement haineuse. Avec Frédéric, nous étions estomaqués par tant de méchanceté. Ce type était odieux au-delà de l'imaginable. Nous étions arrivés un peu naïfs dans ce microcosme très codifié - très sectaire aussi - mais très vite, nous sommes retombés sur Terre ! Et ça a duré comme ça de très longues années...
-Tes éditos étaient assez engagés! Tu y allais même parfois très fort!

Il faut savoir que le fanzinat français a toujours été profondément de gauche. Alain Petit, Jean-Pierre Bouyxou, JPP : tous étaient des libertaires gauchistes. De gauche aussi Jérôme "Kous Kous Klan" Pottier (Fantasticorama) ; et aujourd'hui il y a même des "antifa"... Or, moi, c'est tout le contraire. J'ai toujours eu une aversion viscérale pour la gauche, pour ses idées, pour ses mensonges et pour sa morale (mais j'ai la même détestation pour la droite du fric et jamais on ne me verra marcher au pas de l'oie). La gauche dénonce l'intolérance... mais elle n'est qu'intolérance (je sais de quoi je parle tant j'en ai fait les frais dans le milieu !). Peu de fanéditeurs ont osé braver le "dogme" plus ou moins en vigueur dans le fandom hexagonal. Ceux qui étaient de droite n'abordaient pas la question ; les autres étalaient leur belle âme dès qu'ils pouvaient. Naïvement - encore - j'ai voulu rester moi-même. Pour moi, le fanzinat était un espace de libre parole, et il n'était pas question que je me couche pour plaire à untel. Je me suis donc lâché dans les éditos et ailleurs dans les pages. Trop sans doute. Aujourd'hui, je ne le referais plus. Non pas pour plaire à l'engeance mais tout bonnement parce que ça ne sert à rien. Mais je n'étais tout de même pas seul. En 1991, nous étions trois fanéditeurs ouvertement anarchistes de droite. Moi, l'excellent Philippe Fontaine (Le Voyeur, personnage que JPP estimait mais dont il regrettait toujours qu'il fut de droite !) et Philippe Ortoli (No Fun). A presque 50 berges, je me sens plus anar que jamais et la gauche me débecte au-delà de tout, mais ça ne me dit plus du tout d'écrire tout ça. Déjà, dans le Bissophile 6, j'ai sérieusement édulcoré mon propos. Mais la révolte intacte point parfois encore au détour d'une phrase. Je dois encore ajouter que de nombreux lecteurs - la majorité - appréciaient mes prises de position et mes coups de gueule (ils me l'écrivaient). Ça mettait un peu de vie dans un fandom aseptisé, craintif, foireux, lèche-cul. Certains glorieux anciens parlaient même de moi comme d'un "Pierre Pattin de droite". A mon avis, la qualité du style d'écriture est liée au degré de révolte qui habite celui qui écrit. Si tu es un type falot, résigné, un mouton, un con, ce que tu écris n'a pas grand intérêt. "Il faut mettre ses tripes sur la table", disait Céline. 

-Tu lisais les fanzines des autres à l'époque? Il y en a qui t'ont inspiré? Je pense notamment à Ciné-Zine-Zone.

Je lisais surtout des fanzines d' "avant" ! Juste après la sortie d'Inferno n°1, j'ai découvert  Ciné Zine Zone et Monster Bis. C'était en juin 1989 et ce jour-là, une grosse pile de ces fanzines m'attendait à Movies 2000. Extraordinaire ! Les numéros étaient tous plus fabuleux les uns que les autres (c'était du moins mon point de vue à ce moment-là...) et ça a encore attisé ma passion pour le fanzinat bis. Durant ce bel été, j'ai aussi mis la pogne sur le Phantasm de Christophe Lemaire, sur des Nostalgia, etc. Par contre, les zines du moment n'étaient pas terribles, rien de remarquable en vérité, c'était des temps de "ventre mou", de "ventre creux"... 
Sur le fond, aucun fanzine ne m'a inspiré. Je savais très bien ce que je voulais mettre dans Inferno et rien ni personne n'aurait pu m'influencer. Nulle envie de "métissage" pour corrompre l'identité de "mon" zine. Liberté totale et merde à tous (pour résumer) ! J'étais dans mon coin et je faisais ce que je voulais. Je suis ainsi le premier à avoir parlé des comédies franchouillardes façon Michel Gérard. Sur la forme, en revanche, Ciné Zine Zone a changé la donne à la marge puisque j'ai "repiqué" - hou le vilain ! - les cadres au feutre noir fin, qui "habillaient" les pages. C'est tout. 

-Et du côté de la presse professionnelle?

Je lis Mad Movies sans aucune interruption depuis 1986 (je suis toujours abonné). J'ai connu son âge d'or et puis son déclin (dû à 100% à des journalistes/collaborateurs qui avaient la tête comme un melon et non à l'irréprochable Jean-Pierre Putters, lequel s'était d'ailleurs fendu d'une très longue lettre tapée à la machine pour justifier l'évolution commercialo-"fanboy", qu'il subissait lui aussi). Je n'ai été abonné qu'une année à L'Ecran Fantastique (1986/1987). Mais à part les notules et les dossiers de Pierre Gires, j'ai toujours trouvé cette revue chiante comme la pluie, gavante, en un mot : imbitable (même si je pense que c'est une bonne chose qu'elle existe). Bien sûr, aucune revue pro ne m'a jamais influencé non plus : moi je faisais dans le bis total et eux dans l'actualité plus ou moins insipide.  


-Tu as participé aux Médusa de Didier Lefèvre. As-tu aussi écrit pour d'autres?


Avec Didier Lefèvre, c'est une vieille histoire ! Il m'a écrit pour la première fois en 1990 et je lui ai donné un premier papier pour son n°7. A partir du n°12, j'ai participé à quasiment tous les Médusa (sous mon nom ou sous pseudo... comme ça a encore été le cas dans le numéro sorti début 2015 - spéciale dédicace à Claude-Paul Braquemart !). Je pense que c'est moi qui ait le plus écrit pour lui... mais il me l'a bien rendu ! Mais j'ai également écrit dans une douzaine d'autres titres. D'abord ceux de Frédéric Mathieu (forcément) : Le Fossoyeur, Prom Night et Prom Night Collector. Au début des années 90, j'ai participé à Voyeur (avec à la clé une incroyable polémique pleine de haine suite à mes papiers pour le dossier fanzines dans le légendaire n°5) et à Scalp (second fanzine "one shot" de Jean-Marc "Fusion Fantasy" Baurit).

Plus tard, il y a eu Nuits Blanches (où j'ai tenu la rubrique vidéo), Fantasticorama, puis Le Charognard (une collaboration qui m'a réellement enthousiasmé tant j'appréciais cet excellent fanzine, le meilleur au mitan des années 2000), Diabolik Zine et plus récemment Vidéotopsie. J'ai aussi écrit pour un Sueurs Froides version e-zine. Mais surtout, j'ai écrit pour Pierre Charles dans Ciné Zine Zone et Shocking. Ironiquement, ça a commencé fin 1992 alors même que j'entrais tout à fait par hasard dans une carrière de journaliste local. J'ai écrit entre 100 et 110 critiques (dossiers et rubrique vidéo) pour Pierre ; des critiques publiées dans 12 numéros entre 1993 et 1998. Détail amusant : personne ne m'en parlait jamais (pas même les copains du fanzinat) ! Ma participation à Ciné Zine Zone - le top des fanzines à l'époque - était un sujet tabou, comme si ça n'existait pas. Assez ahurissant... Par contre, en coulisses, on s'occupait de mon cas. Le "bas du front" déjà évoqué plus haut n'a ainsi cessé d'intriguer pour que Pierre se passe de mes services (et de ceux de Frédéric)... sans succès, car l'avisé fanéditeur avait besoin de nous pour ses dossiers. En effet, les vidéoclubs de Troyes étaient très bien achalandés en films introuvables ailleurs - du tout bon pour des critiques inédites. A la fin des années 90, un autre triste sire (qui peut se vanter d'avoir torché le pire film de la carrière de Lance Henricksen) a poursuivi ces menées délétères. Mais lui a réussi à nous faire fâcher avec Pierre, le salaud !

Tiens, une autre anecdote pour la bonne bouche (mais qui refoule quand même pas mal du goulot). Avec Frédéric, on devait faire exactement 44 critiques de films de Gordon Mitchell pour un super numéro double. Galvanisés, on avait rendu un travail incroyable. Mais c'était sans compter sur (le défunt) Claude Le Du, qui a magouillé auprès de Pierre - lequel a hélas cédé - pour saper notre boulot. Ainsi, pour un gros tiers de nos critiques, la signature a mystérieusement sauté ! Deux ou trois papiers ont même carrément été oubliés (notamment celui sur Le Ricain de Pallardy). A la place, on avait de courtes interventions d'une dizaine de lignes du sieur Le Du à partir de souvenir brumeux vieux de trente ans, "relevées" par des généralités sans intérêt (alors que nous, nous avions vu ou revu chaque film). Un comportement écoeurant de jalousie mais récurrent dans ce microcosme parfois fangeux et inamical du fandom hexagonal... que j'ai toujours été le seul à dénoncer (dans le désert).    


-Tu as traité dans tes fanzines de nombreux sous-genre du cinéma-Bis. Quel est ton genre de prédilection?


Au fil des 13 numéros sortis entre 1989 et 1994, Inferno a abordé des sous-genres du bis italien alors totalement négligés, oubliés, méprisés. Longtemps, on a été les seuls à avoir parlé de sexy-comédie italienne (seul CZZ avait consacré un article à ce courant dans un vieux numéro). Dans le n°6 (1990), il y a eu un dossier Lenzi, et dans n°7 (1990), un autre consacré au génial tandem Hill & Spencer, des acteurs vilipendés partout : c'était les premiers en France. Dans le n°9 (1991), j'ai goupillé un gros dossier sur le film de guerre italien : encore une première (... et dernière je crois !). Il en ressortait notamment que le meilleur film du genre était le Commandos de Crispino (ça a été souvent repris depuis). Et dans le n°10 (1992), on a évoqué la seconde vague du gothique italien au début des années 70... En clair, avec Frédéric Mathieu, nous étions des défricheurs en un temps où, hormis CZZ (qui était toutefois spécialisé dans les péplums à "gros bras", le gothique des sixties et la crême du western spaghetti), le bis rital n'intéressait pas grand monde. 

Mais mon genre de prédilection était cependant le western à l'italienne. C'est pourquoi j'ai réalisé en solo trois guides de 50 films chacun, qui ont fait l'unanimité des lecteurs (pour ma part, je suis aujourd'hui beaucoup plus critique sur ce "travail de jeunesse"...). Ni Alain Petit ni Gian Lhassa ni Pierre Charles n'avaient consacré autant de lignes à ces westerns de "second choix", voire de dernière zone. Par la suite, tout le monde a écrit sur le western italien...
Pour résumer, ce qu'on aimait, c'était trouver dans nos vidéoclubs préférés des VHS bis quel que soit le genre. Certains titres n'avaient jusque l'à été chroniqués que dans les Saison Cinématographique ; d'autres ne l'avaient encore jamais été.

-Vers le début des années 90 tu mets fin à Inferno. Pour quelles raisons? Tu voulais arrêter définitivement ou tu pensais déjà au Bissophile?


J'ai arrêté Inferno en 1994. Pour trois raisons. D'abord, j'en avais assez des problèmes de vente, de diffusion, des aspects du fanzinat qui ne m'ont jamais intéressés. Et puis le "milieu" était hostile (mais pas les lecteurs, hein, le "système" !). Enfin, je préférais écrire pour Ciné Zine Zone. J'y étais à la fois plus et mieux lu. 

Mais l'envie d'indépendance, de "créer" est revenue en 1996. Mais il n'était absolument pas question de reprendre Inferno, nom devenu sulfureux. J'avais pris de la bouteille (30 ans) et j'avais d'autres idées, d'autres envies. Deux ans après est sorti Le Bissophile n°1, plus copieux, avec une vraie couverture, un contenu plus varié (dossier bis roumain...). Une nouvelle aventure commençait... qui se poursuit par intermittence depuis 2005 et la sortie du n°6.


-Le Bissophile avait un nombre de pages plus important pour une parution moins régulière qu'Inferno. C'était une volonté de ta part ou plutôt une question d'organisation?

L'augmentation de la pagination était pour moi un point important. Ça permettait d'offrir aux lecteurs des numéros plus riches. Maintenant, les fanzines de 150 pages et plus sont monnaie courante. Mais j'ai encore une fois été précurseur en sortant dès 2001 un fanzine généraliste de 150 pages (Le Bissophile 3/4, cette double numérotation un peu artificielle étant une sorte d'hommage plus ou moins conscient à Pierre Charles, avec qui j'étais hélas fâché). Jusqu'à là, les rares fanzines de plus de 80-100 pages sur le bis étaient des numéros thématiques, collector, des "fanbook" avec beaucoup de pavés de presse ou de photos pleine page, essentiellement des CZZ spéciaux (ainsi qu'un Fog débordant d'inintérêt qui n'avait rien à voir avec Le Bissophile). Cette augmentation de la pagination impliquait naturellement un allongement des délais de parution (à deux ans en moyenne). D'autant plus que j'avais beaucoup plus de films à voir et que contrairement aux premières années d'Inferno, je travaillais... déjà dans le rédactionnel. Fallait donc éviter l'overdose !


-Le Bissophile 7 a été plusieurs fois annoncé (déjà dans le n° 6 sorti en 2005!). Où en es-tu actuellement? Tu peux donner une date de sortie approximative?


J'ai commencé Le Bissophile n°7 fin juillet 2006 (soit près d'un et demi après la sortie du n°6). J'ai beaucoup écrit jusqu'en 2008/2009, puis ça a été plus épisodique, avec de longues périodes de stand-by. Depuis 2012, c'est encore pire. On va dire qu'aujourd'hui, 97% des textes sont écrits. Restera ensuite la mise en page. Il faut absolument que je boucle le numéro pour le printemps prochain. J'en ai assez, ça a trop duré, mais le temps et le tonus me manquent parfois. Pour moi, la page du fanzinat est presque tournée. J'ai d'autres projets d'écriture... mais plus du tout sur le cinéma Bis ! La raison ? Quand j'ai commencé il y a plus de 26 ans, le bis était un terrain d'exploration quasi-vierge en France. On se démerdait avec les moyens du bord. Maintenant, il y a Internet. Et tout le monde fait du "bis" (forums, blogs, festivals, nuits spéciales...) ! Cette prolifération fait que je ne me sens plus du tout à ma place dans cet univers encombré. Je n'ai jamais eu l'esprit de chapelle mais je ne suis bien que dans l'ultra-minorité. Je n'aime pas être noyé dans la masse. Je suis un minoritaire, voilà tout !  

Pour en revenir au Bissophile n°7, j'ai eu plus grands yeux que grand ventre dans le sens où si j'avais tout mis (et tout écrit), le numéro ferait 450 pages ! C'est également pour cela que sa réalisation a tant traîné. Bon, le sommaire sera tout de même très copieux. Mais il est clair que si d'excellents collaborateurs comme Mathieu Serres, Thomas Palacios et bien sûr Didier Lefèvre ne m'avaient pas filé un coup de main et de super papiers, une parution ne serait même plus à l'ordre du jour. J'aurais peut-être refilé les dossiers à la "découpe"...
Reste que pour mon boulot, je continue d'écrire sur le cinéma, les sorties, les nouveautés avec une demi page hebdo (environ 330 chroniques parues depuis 2007 dans L'Est éclair). J'ai même assuré pendant 6 ans une rubrique DVD où il y avait régulièrement du fantastique, de l'horreur (ah, les sous-Saw) et même du bis (près de 750 000 signes au total !) 

-Lis-tu les fanzines actuels? Que penses-tu de ce regain d'intérêt pour le fanzinat? 


Comme tout le monde, j'attends mon Médusa annuel (dont je suis le premier lecteur) ! Je suis également un inconditionnel de Vidéotopsie. David Didelot a énormément progressé, et aujourd'hui, on peut dire que c'est l'une des plumes du bis (on reconnait son style avant d'avoir vu la signature). Je trouve que les interviews (Daniel Daërt, Alain Petit...) de Cannibale sont d'une qualité exceptionnelle. J'ai aussi beaucoup d'estime pour le travail de Florent Gineste dans Diabolik Zine (mais il faudrait qu'il mette un peu plus d'humour, notre Roberto !). Le reste est plus inégal. Je n'ai pas aimé du tout le dernier Trash Times (qu'on m'a prêté) : rien à voir avec les excellents numéros des années 2000/2005. J'ai détesté le petit fanzine dont l'auteur avait mis des "films pour ne pas oublier" histoire de faire passer la pilule de la nazisploitation. Mais Sergio Garrone, Rino di Silvestro et Bruno Mattei n'étaient pas des nazis, des racistes, ils n'ont tué personne, merde ! Marre du politiquement correct dans le fanzinat (surtout de la part d'un antifa, mouvance dont on sait fort bien que le coeur de l'idéologie s'appelle la terreur. Je rappelle que le communisme et ses avatars, c'est 100 millions de morts, alors cette morale-là...). 


Sinon, je trouve formidable que des jeunes élevés au numérique s'intéressent au papier. Un dernier conseil de "papy" avant de prendre congé : n'oubliez jamais qu'un fanzine est un espace de liberté formidable. Et là liberté, il n'y a rien de mieux au monde.  

Un immense merci à Rodolphe Laurent de s'être livré sans détour dans cet entretien.
On attend avec d'autant plus d'impatience le prochain Bissophile

lundi 13 juillet 2015

Pierre Charles, fanéditeur

Dans cet article, paru en 2006 dans la revue "Neverending", Christophe Bier nous raconte Pierre Charles à travers Ciné Zine Zone. Indispensable!
(Cliquer sur les images pour agrandir). 

 



Christophe Bier, "Neverending", Hiver 2006, pages 72-79.

Merci à Frederick Durand pour ce document.

lundi 6 juillet 2015

Vidéotopsie n°16


Voici la très belle couverture du nouveau Vidéotopsie.
Les précommandes sont ouvertes sur http://videotopsie.blogspot.fr/ jusqu'au 1er septembre, 10€ (au lieu de 12) frais de port gratuits.

Disponible début septembre 2015.

Sommaire: beaucoup de Greydon Clark, pas mal de Jean Rollin, un peu de Fred Olen Ray, de la Black Emanuelle en musique, Christina Lindberg en terre gauloise,  des films perdus que vous ne verrez jamais...  et bien plus encore !

vendredi 3 juillet 2015

Towanda!

Ce tout jeune fanzine dont le premier numéro est sorti en mai 2015 est édité et rédigé entièrement par Nathalie Egaleco qui après avoir commencé par rédiger des chroniques ciné sur son blog, http://towanda.ek.la, décide de passer au format papier.

Towanda! s'intéresse à tous les genres, on passe d'un film fantastique américain à un film dramatique estonien. On y trouve aussi des chroniques de courts-métrages et de documentaires ainsi que des reviews de festivals. 
Mais Nathalie n'oublie pas non plus de nous parler de ses collègues fanéditeurs et de leurs dernières productions. 

Sommaire:
N° 1 (mai 2015): Fest' festival courts-métrages 2014, Bloody Movies 2014, Festival Femmes en résistance 2014, interview Délivrance fanzine, chroniques films, courts-métrages, article sur le nouveau cinéma Sud-Coréen...

mardi 30 juin 2015

Spectrum


Spectrum de Didier Rosell.

N° 1 : Cat People - The Fly - L'Homme au masque de cire - La Créature du marais - Mad Max 3 - Dangereusement votre - Runaway.

mercredi 24 juin 2015

Grandeur et misère du fanzinat durant la période 1979/1984

Voici un petit texte intéressant, écrit en 1984 par Norbert Moutier, qui donne un aperçu de l'état dans lequel se trouvait le fanzinat à la fin des années 70, début 80.

"En état de léthargie pendant de longues années (qui ont été étudiées dans Mad Movies), le fanzinat s'est subitement réveillé en 1979 pour atteindre une véritable flambée en 1981. On observe que cette éclosion correspond à l'ouverture de la librairie Movies 2000 animée par Jean-Pierre Putters, pionnier puis pape incontesté du fanzinat de cette époque. Le marché (quoique très réduit) qu'offrait cette librairie permit à plusieurs zines d'éclore. Sur les 70 à 80 exemplaires du tirage, une bonne vingtaine était écoulée ainsi, le surplus vendu entre copains et auprès de quelques clients glanés dans la rubrique "copinage" des autres fanzines... Et le tour était joué...

Une autre explication de cette explosion relève de données purement techniques. En effet, durant les années 50 et 60, le seul moyen artisanal de reproduction passait par la ronéo. D'une part, fallait-il encore en avoir sous la main, savoir la faire marcher, accepter de se salir avec l'encre et être suffisamment mordu ou sûr de son affaire pour investir dans un appareil...D'autre part, hors le procédé merdique du stencyl électronique, ce mode d'impression ne permettait que la reproduction de textes, pas d'illustrations, encore moins de photos!

L'apparition de nombreux copy-services a permis, dès 1980, à n'importe quelle personne accédant à une machine à écrire et disposant d'un tube de colle de confectionner un fanzine. Ces deux éléments expliquent la création de nombreux fanzines, la rue de La Rochefoucauld étant devenue, surtout le samedi après-midi, un véritable état-major du fanzinat où les rencontres ont permis de se monter, aux projets de naître... Fidèles au vent qui soufflait alors dans cette rue proche de Pigalle, les zines étaient principalement axés sur la polémique, le Festival de Paris constituant, de loin, la tête de turc préférée!

Aujourd'hui, tout ceci est disloqué, évaporé, la plupart des ex-fanzineux étant devenus professionnels et les moins chanceux ayant renoncé par lassitude ou découragement. On peut dire que, de nos jours, le phénomène est devenu pratiquement inexistant sur Paris et géographiquement, les séquelles d'initiatives demeurent provinciales (Chair, Ténèbres, Mongol Fier, Monster Bis etc...). Il semble à présent impensable que le mouvement renaisse. La profusion de revues spécialisées a laminé le fanzinat et les meilleures valeurs de maintenant n'imagineraient même plus un instant perdre leur temps à écrire ou produire dans un fanzinat enfermé dans son ghetto et exsangue en collaborateurs capables, de moins en moins tentés par son bénévolat! Au niveau parisien, nous assisterons sans doute encore à quelques naissances spasmodiques engendrées par quelques opportuns soucieux de laisser une carte de visite et visant plus haut. Par contre, la province pourrait encore nous réserver quelques heureuses surprises, principalement cette région Midi-Côte d'Azur déjà si propice!

A ce constat pas tout rose, s'ajoute une constatation assez pessimiste: le fanzinat -en tant que publication s'entend- est une voie sans issue: la plupart du temps, le fanzine capote faute d'audience ou de persévérance et, si il marche, il se transforme en revue, devenant un produit de grande consommation et perdant toute sa personnalité. C'est assurément un cercle vicieux!"

Norbert Moutier - Fanzine Chair pour Frankenstein n° 4 (Claude Vanzavelberg) - 1983.

jeudi 18 juin 2015

Gnomus

Gnomus, fanzine spécialisé dans le cinéma et la BD fantastique et de science-fiction.

Les rédacteurs étaient: Eric MalmassonJean-Marc Toussaint (ayant aussi collaboré à Ciné-Fantasy) et Daniel Mélan.

3 numéros parus (1984).

N° 1 : Festival du Rex - BD - Nouvelles (2) - Articles divers...

vendredi 5 juin 2015

Entretien avec Michel Eloy

J'avais déjà contacté Michel Eloy en novembre 2010 pour un entretien paru sur le site Revues-de-cinema.net dont je reprends ici une partie des questions posées. J'ai profité de la sortie du DVD Le Grand défi chez Artus pour l'interroger à nouveau afin d'en savoir un peu plus sur cette collaboration, sur son passé dans le fanzinat avec Péplum et Kolossal et sur sa passion pour ce genre cinématographique. 

-Comment est né le fanzine Péplum ?

Vers la fin des années '70, je regardais à la TV Les Dossiers de l'Écran d'Armand Jammot. On passait souvent des péplums, avec ensuite un débat animé par de distingués invités. Je me souviens notamment d'y avoir vu Pierre Grimal glosant sur Alexandre le Grand (Robert Rossen) et aussi un diplomate iranien intervenant à propos de La Bataille des Thermopyles (Rudolf Maté). J'en ai tiré la conclusion que les péplums qui avaient enchanté mon adolescence et déterminé mon intérêt pour l'Antiquité méritaient mieux que le mépris dans lequel ils étaient généralement tenus. Les articles pince-sans-rire de Jacques Goimard dans Fiction, et le merveilleux Les classiques du cinéma fantastique de Jean-Marie Sabatier m'ont conforté dans cette idée. Je n'ai pas tardé à découvrir la boutique de George «Count» Coune, The Skull, où j'ai commencé une collection d'affiches et de photos. Puis, en furetant dans ses rayons, j'ai découvert des fanzines comme Mad Movies première version (ronéo) de Jean-Pierre Putters, Le Masque de la Méduse d'Alain Petit, ou Le Styx de Thierry Ollive. Comme j'adorais écrire, j'ai décidé de faire de mien, Péplum.

-Ce fanzine était assez unique en son genre. Par les sujets traités qu'on retrouvait rarement dans d'autres publications mais aussi par le travail de fond énorme que vous réalisiez pour chaque numéro.

Je n'ai fait que rendre à César ce que je lui devais. Le cinéma et la BD antiquisantes ont suscité des vocations d'historien. Nombre d'entre eux le reconnaissent d'ailleurs volontiers, aussi mon cas n'est-il pas unique. Quand je voyais des films, j'avais envie d'en savoir plus. Je me suis spécialisé dans l'Antiquité gréco-romaine, mais je m'intéresse aussi aux Croisades, au Premier Empire, à la Guerre de Sécession, aux guerres coloniales de la seconde moitié du XXe s. Mon film cultissime n'est du reste pas un péplum, mais celui qui retrace la bataille de Rorke's Drift, le 22 janvier 1879 (Zoulou, Cy Endfield, 1964), avec les merveilleux Michael Caine et Stanley Baker (Achille dans Hélène de Troie de Robert Wise !). Toutefois il ne me viendrait pas à l'esprit de me livrer à l'exégèse de ces événements que, pourtant, je connais fort bien : ne dit-on pas que qui trop embrasse, mal étreint ?

Donc, j'aime aussi le cinéma fantastique et les westerns — tant américains qu'italiens —, les polars etc. Mais je reviens toujours à la Grèce et à Rome, dont j'aime à exhumer le moindre bout de pellicule, à fouiller les moindres recoins. Les événements, mais aussi les mentalités. Rien ne m'exaspère davantage que la confusion du paganisme avec le judéo-christianisme (le dieu grec des Enfers, Hadès, fréquemment confondu avec Satan, p. ex.). Attentif encore à la reconstitution archéologique, les armes, les chars, les bateaux, les vêtements — les femmes romaines ne s'habillaient pas «glamour» comme dans les films. Et même la gastronomie.

Quand j'avais 8-9 ans, je rentrais du cinéma et consultais mon Petit Larousse : il me confirmait que tel ou tel personnage a bien vécu à telle date et a accompli ceci ou cela. Le film que j'avais vu était donc en accord avec la doxa. Puis, ma documentation s'étoffant, j'ai pris conscience des libertés que se permettait le cinéma avec ses filmmakers qui avant tout cherchaient à raconter une bonne histoire, mais qui ne sont pas des spécialistes. La contrainte des nécessités scénaristiques. Dans un film épique destiné au grand public ou au public populaire, il faut que le bien triomphe, que le héros retrouve sa fiancée pour le happy-end. Et que le méchant soit, vraiment, «trrrès méchant» ! La vérité était souvent bien différente.
Ainsi les chrétiens n'étaient pas toujours les «petits saints» que nous dépeint le cinéma. Néron ne les a probablement jamais persécutés (Caligula encore moins). Aspirant au martyre, les Montanistes, par exemple, étaient des provocateurs cherchant délibérément à défier l'autorité. Des djiadistes avant la lettre ! Dans Il Crollo di Roma, le spectateur non prévenu aura l'impression que les méchants païens une fois de plus persécutent les chrétiens; or l'histoire se passe sous Valens, un empereur d'Orient confessant l'arianisme — secte chrétienne hérétique ainsi nommée d'après l'évêque d'Alexandrie, Arius — et grand persécuteur des catholiques. Mon dossier sur Théodora impératrice de Byzance est parti de ce que j'avais rencontré Riccardo Freda au Festival Péplum en Val-de-Marne (1983). La Byzance de Justinien ne m'était pas très familière, c'est l'Antiquité tardive, mais une réplique avait éveillé ma curiosité : l'empereur catholique disait à son amante, en substance : «Tu n'es pas chrétienne mais égyptienne !» En fait, elle était Monophysite, une autre hérésie soutenant que la nature du Christ était uniquement divine, pas humaine. D'où que dans mon dossier je me sois intéressé aux diverses variantes du christianisme des Ve et VIe s. Alors oui, celui-ci fut... passablement copieux !   

En instable équilibre entre «histoire» et «fiction», j'ai conscience de la délicate situation qui est la mienne. Quand je vois un film traitant d'un sujet que je connaissais pas, découvrant par la suite des inexactitudes, des anachronismes je me sens frustré, floué. Mais certes, je comprends que les scénaristes, dans un film de 120', doivent simplifier, raccourcir, limiter le nombre de personnages en attribuant à celui-ci ce qu'a dit celui-là.
En revanche, si le sujet m'est très familier, je m'amuse beaucoup des libertés prises par les auteurs du film, même les plus lourds poncifs ! La quadrature du cercle. Contradiction ? Peut-être. Mais j'aime mieux parler de paradoxe !
Le péplum parfait est impossible et je le sais.

Toutefois, si le cinéma donne envie à un spectateur en état de grâce d'aller voir plus loin, d'ouvrir des bouquins, j'en serai ravi.
Mais je persiste à penser qu'un film historique doit avoir aussi une mission éducative : le plus souvent, le spectateur lambda n'ira pas voir plus loin et prendra pour argent comptant tout ce qu'il a vu sur la toile ou lu dans une BD, dans un roman historique.

Aujourd'hui, je fais un peu de reconstitution historique et je constate que les animateurs de groupes sont des gens très compétents et souvent très érudits dans leur partie. Mais beaucoup de simples légionnaires — des amateurs tout de même suffisamment motivés pour avoir payé de leurs deniers un coûteux équipement (casque, cuirasse...) — trouveront encore leur credo dans ce qu'ils ont vu au cinéma. Peu soucieux des écarts de mentalités, de l'évolution des moyens et des modes. Espace ludique, décor exotico-fantasmatique, le péplum feint d'ignorer que nous savons pertinemment que les Romains étaient des gens fort austères et prudes. Ce qui n'empêchait pas il y a 2.000 ans, comme encore aujourd'hui, des dérapages à la DSK ! N'oublions pas que la société romaine était un monde à deux vitesses, et que ce qui pouvait être exigé d'un esclave était une indignité pour un citoyen : en matière de sexualité, par exemple, leurs tabous étaient très différents des nôtres. Mais je m'égare...

-Quels retours aviez-vous à l'époque ?

Mon fanzine était, notamment, une carte de visite pour pénétrer chez les distributeurs et leur soutirer des photos, press-books etc. J'avais découvert l'existence de cette profession en accompagnant le curé de mon village, qui s'occupait aussi du cinéma paroissial. À cette époque, j'étais loin d'imaginer qu'un jour je travaillerais sur les péplums et reviendrais en leurs bureaux, solliciter leurs archives. Pour l'heure, je me contentais de voir les films... et de bouquiner sur l'histoire et, surtout, la mythologie grecque.
Mon tirage était microscopique, et touchait bien entendu les «bisseux» de l'époque, les collectionneurs etc. J'étais du reste en contact avec les principaux d'entre eux (Pierre Charles, Norbert Moutier, Marcel Burel, Lucas Balbo).

Mais j'étais aussi approché par les enseignants — antiquisants ou non — qui avaient compris que le cinéma et la BD méritaient mieux que l'espèce de mépris où, jusqu'alors, on les tenait (les sus-évoqués Dossiers de l'Écran constituant une heureuse exception). Maintenant, on fait des colloques universitaires sur le Péplum (Cinémathèque de Toulouse, 2011), l'Antiquité en BD (Université de Pau, 2011 — dont les Actes viennent de paraître cette année) et même des expositions comme aux Musées d'archéologie gallo-romaine de Lyon-Fourvière et de Vienne, 2012. Et la très sérieuse Avant-Scène Cinéma vient de sortir, qui l'eut cru ?, un numéro consacré à Hercule à la Conquête de l'Atlantide de Cottafavi (ASC n° 622, mai 2015 — sous la direction de Laurent Aknin).

-Ensuite vient Kolossal. C'était quoi l'idée avec ce 2ème titre ? Réaliser de gros dossiers en parallèle de Péplum ?

Kolossal a succédé à Péplum, pas en parallèle. Ce fut tout simplement la possibilité de ne plus mettre une numérotation sur la couverture, et donc de ne plus avoir à donner suite à un lecteur qui me réclamait le numéro untel qui lui manquait. Car j'ai aussi les défauts de mes qualités : je suis ou j'étais un pitoyable gestionnaire/diffuseur. Ces questions administratives ne m'intéressaient pas des masses. Seul comptait, pour moi, le plaisir de la recherche et de l'écriture.

-À la fin du n° 3-4 de Péplum vous parlez aussi d'un Bulletin ?

C'était pour faire patienter les lecteurs, vu les délais entre deux parutions. Je crois bien n'en avoir jamais fait qu'un seul, un simple feuillet informatif. Comme commercial, il y a sûrement mieux que moi. Avec mon site Internet, je n'ai plus ce genre de souci, Deo gratias.

-Qui a collaboré à ces fanzines ?

Moi principalement. «Moi, moi, dis-je, et c'est assez» (Corneille, Médée, I, 5). J'étais auteur-éditeur, en somme. Un ami d'enfance, Michel Lequeux — professeur de latin et historien de l'art —, y a toutefois commis une excellente étude archéologique sur les décors du film Caligula. Une autre latiniste était venue chez moi consulter ma doc pour sa thèse de doctorat sur la République romaine au cinéma : Nadine Siarri-Plazanet, qui avait rencontré et interviewé Vittorio Cottafavi et m'en fit profiter (j'ai ainsi apporté mon écot à plusieurs mémoires universitaires). Laurent Aknin a transcrit celle de Freda que j'avais enregistrée lors du précité Festival du film péplum en Val-de-Marne. Un autre bon correspondant, Fal — collaborateur de Starfix —, au hasard de ses déambulations rencontra Françoise Blanchard et Antonio Passalia (Caligula et Messaline; Les Aventures Sexuelles de Néron et Poppée) et m'envoya la K7. Des opportunités comme ça. La plupart de mes amis ou correspondants étant prof de quelque chose — que serait le fandom sans l'intercession de représentants du «plus beau métier du monde» ? — je me suis assez rapidement constitué un carnet d'adresses intéressant.


-Pour quelles raisons avez-vous décidé d'arrêter la publication de fanzines et de créer le site http://www.peplums.info ?

Des tas de raisons se sont conjuguées. Je ne vais pas toutes les énumérer ici. La création d'un Club Bob Morane dont j'ai bien malgré-moi fini par être le rédac'chef pendant deux ans, et de nombreuses exégèses sur ce personnage pour les éditions Claude Lefrancq m'ont un temps éloigné de l'assidue fréquentation du péplum. En fait, pendant cette période qui a bien dû durer quatre ou cinq ans, je me suis limité à scanner ce que j'avais déjà fait, publié ou non, ainsi que de nombreuses fiches techniques et synopsis qui sont devenus ma base de données perso. Mon précieux outil de travail actuel, constitué à une époque où je ne connaissais ni Internet ni IMDb.

Ensuite, une amie journaliste de cinéma, Françoise De Paepe, qui venait de créer un site Internet baptisé Cinérivages, m'a appelé à la rescousse. Elle ouvrait ses pages virtuelles à toutes les tendances cinématographiques. J'ai donc animé la rubrique «péplum» : Les Nouvelles du Fronton. Son décès inopiné, début 2003, m'a contraint à créer mon propre site avec l'aide d'un Webmaster, Lucien J. Heldé (Empereurs-romains.net).

Je dois dire que l'édition papier commençait à me gonfler un peu : c'était une merveilleuse carte de visite, mais je ne rentrais pas dans mes frais et devais supporter des commentaires du genre : «Dommage qu'il n'y ait pas de photos couleur.» Ou «C'est cher !» Eh bien oui, c'était 'relativement' cher. Mais considérons que je faisais tramer les photos sur bromure, ce qui était hors prix au regard du faible tirage de ces petites éditions underground qu'étaient et seront toujours les fanzines.

Maintenant, je puis mettre en ligne des photos couleurs et ça ne me coûte que mes frais de documentation. Et pour ce qui est d'ouvrir des portes, une simple carte de visite de 5 cm me suffit : «Venez donc voir mon site !»
Il est gratuit, La Poste ne risque plus de détériorer ou d'égarer les envois, et je ne suis jamais en rupture de stock. Cliquez, et vous êtes servi. Vous aimez le papier ? Imprimez donc. Cependant il y aura toujours des dinosaures pour se plaindre : «Mais moi, je n'ai pas Internet !» Heureusement, l'espèce est en voie de disparition.

-Avez-vous collaboré à d'autres fanzines ou revues du cinéma ?

Pas énormément. Deux ou trois articles dans Ciné Zine Zone de feu Pierre Charles, autant dans Monster-bis de Norbert Moutier. Un dans l'unique numéro de The Bat de Marcel Burel et un autre dans Mad Movies (version prozine) de Jean-Pierre Putters. Je ne vois rien d'autre, hors Reflets, mais ça, ça concerne plutôt Bob Morane ! Ah si ! BC — Before Conan de Carlo Piazza (Turin). Aussi des dossiers pédagogiques pour l'ARELAP [Association régionale des enseignants de langues anciennes — Paris] (L'Égyptien, Hercule et Ben Hur : Jérusalem contre Rome), pour la FPGL (Ulysse 31), pour Les Grignoux [Liège] (Ben Hur).

En revanche j'ai écrit quantité d'articles pour des catalogues de festivals péplum ou biblique, des communications dans des colloques universitaires, ou des revues comme CinémAction, Les Dossiers d'Archéologie, Les Cahiers des Paralittératures, Autrement, Historia et même une fois dans un magazine familial comme Télé-Moustique (je vous fais grâce du Bulletin de la F.P.G.L., de Français 2000 (S.B.P.F.), Grand Angle ou Le Journal du Médecin...) — partout où l'on pouvait conjuguer le staff avec le marbre de Carrare, on me retrouvait le calame à la main. Toutefois il s'agissait généralement de collaborations occasionnelles, de one-shots sur un sujet thématique précis.

Dans le registre BD, j'ai écrit pour Jacques Martin deux albums, La Marine Antique («Les voyages d'Alix»). J'avais commencé la rédaction d'une Vie quotidienne à Rome sous Néron, vue par le cinéma, mais Tallandier renonça rapidement à ce projet de collection «La vie quotidienne... vue par le cinéma» avant même d'en avoir lu une ligne de ma main. Dommage.


-Vous apparaissez dans les bonus du DVD Le Grand Défi sorti chez Artus. Comment ça s'est passé ?

Un des tout premiers DVD commercialisé par Artus fut Le Chevalier Blanc de Giacomo Gentilomo, consacré à Siegfried et aux Nibelungen. M'intéressant à la mythologie germanique et fan de Wagner, je lui ai consacré un gros dossier sur mon site. Ensuite on est resté en contact. Thierry Lopez avait l'habitude de convier en bonus l'érudition d'Alain Petit pour le gothique italien, de Curd Ridel pour les westerns, et de quelques autres encore. En la circonstance, c'est tout naturellement à moi qu'il a songé pour le péplum. Ça m'a beaucoup amusé de faire, à travers Le Grand Défi : Hercule, Samson, Maciste et Ursus, le bilan du muscle-opera des Sixties, dont ce film fut, du reste, le chant du cygne.

-Vous avez d'autres projets avec cet éditeur ? Des projets personnels ?

Il est probable que si Thierry acquiert les droits DVD pour d'autres péplums, j'en assumerai également les bonus. L'avenir nous le dira. En passant, je vous signale que BQHL vient de rééditer, le mois passé, Moi Claude Empereur, le feuilleton BBC de 1976, dont j'avais également assuré le bonus pour Antartic il y a quelques années (interviewer : Marc Toullec, de Mad Movies).

-Quel regard portez-vous sur le fanzinat aujourd'hui ?

Il y a longtemps que je ne lis plus de fanzines, ni non plus de magazines de cinéma. Pour les premiers, disons que je suis resté très '50-60-70 et que le gore me débecte (sauf le gore intelligent comme dans La Passion de Mel Gibson, qui certes en remet une couche, mais nous change de ces confiseries pascales que l'on voit d'habitude à l'écran. Une crucifixion, c'est hard !).
Pour les magazines généralistes, je trouve sur Internet tout ce dont j'ai besoin, notamment les dossiers de presse.

-Si on vous proposait de rééditer vos fanzines, individuellement ou sous forme d'intégrale, comme cela a été fait récemment avec 20 ans de Western Européen, vous en penseriez quoi ?

A priori je ne suis pas très intéressé, et ce pour deux raisons :
            1) Mes maquettes d'époque ont été démembrées. Et partir d'un exemplaire existant serait scabreux : depuis mes débuts, les photocopieuses ont heureusement évolué qualitativement. Et mes talents de maquettiste aussi. Alain Petit avait, lui, conservé intactes ses maquettes...
            2) Depuis cette époque héroïque, j'ai évolué, j'ai lu d'autres bouquins, affiné mes recherches. Je voudrais alors tout remanier, donc y consacrer du temps et me retrouver prisonnier d'un agenda, alors que j'ai déjà tant de mal à suivre l'actualité — c.-à-d. les films nouveaux ou les rééditions DVD, mais aussi les BD.

Mais ça ne me déplairait pas, en revanche, d'enfin pouvoir pondre une brique sur le péplum. Avis aux éditeurs !

Un énorme merci à Michel Eloy.
N'hésitez pas à visiter son site peplums.info, tout simplement indispensable pour tout amateur de péplums.

lundi 1 juin 2015

Cannibale Fanzine n° 5

On n'avait pas trop de nouvelles du Cannibale Fanzine. Mais comme on dit: "pas de nouvelles, très bonne nouvelle" et donc le voici qu'il débarque enfin (un an et demi quand même après le quatrième). A très vite commander! Et si vous n'avez pas encore les précédents achetez-les en même temps avant qu'il ne soit trop tard.

Le sommaire:
- Le Cinéma Orphelin de Jean Louis Van Belle : entretien fleuve avec le réalisateur de Paris interdit et Le Sadique aux dents rouges (21 pages) + Filmographie passée au crible (19 pages)
- Raising Cain Re-cut, l'esprit retrouvé : interview de Peet Gelderblom et retour sur le « fan director's cut » du film de Brian De Palma
- Le cinéma transplanté de Doris Wishman : l’hybridation au cœur du cinéma de l'auteur de Let Me Die a Woman
- Jörg Buttgereit, le cinéma d'exploitation entre quatre planches : analyse des captations des pièces radiophoniques du réalisateur des Nekromantik
- Belle comme un camion : les films d'action de la star mexicaine Rosa Gloria Chagoyán
- Absurde Séance Festival : trois films pas très catholiques
- Lecture : la pentalogie de Maïk Vegor, ou les tribulations sadico-serialesques d'une adepte de l'amour fou
- Notes de lectures


72 pages - N&B – Couverture couleur.
7 € (+2 € frais port).


Pour commander:
- Paypal
Facebook, cannibalepeluche@hotmail.fr ou écrire à Association Cannibale Peluche,
13 passage Gavarni, 76600 Le Havre.