Affichage des articles dont le libellé est Histoire du fanzinat. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Histoire du fanzinat. Afficher tous les articles

jeudi 11 avril 2019

BIFFF 2019 Masterclass


Si vous comptez venir au BIFFF cette année ne ratez pas la Masterclass "Est-ce que tu Bis" avec David Didelot et Damien Granger, ça causera cinéma Bis, fanzines et auto-édition.

"Damien Granger, l’ancien rédacteur en chef de Mad Movies, et David Didelot, le créateur de Vidéotopsie viendront tailler le bout de gras autour de l’auto-édition, des fanzines et de la presse indépendante. Ces deux bouffeurs compulsifs de séries B viendront balancer leurs expériences dans la presse indépendante et surtout des coulisses de son fonctionnement parfois retors ! En prime, préparez-vous à une rafale d’anecdotes sur certains films cultes de séries B !"

Cela se passera le jeudi 18 avril à 18h (salle Ciné 3) et ce sera gratuit.

mercredi 3 avril 2019

Table ronde fanzines (09/02/2019)

Dans le cadre de l'Exposition fanzines de la Cinémathèque de Toulouse qui s'est déroulée cette année (bientôt un compte-rendu de cet événement), une table ronde a eu lieu le 9 février 2019, voici l'intégralité en vidéo :

mercredi 16 janvier 2019

Fanzines à télécharger (1)


Régulièrement je mettrai en ligne des anciens fanzines plus ou moins rares issus de ma collection personnelle en téléchargement gratuit.

Vous les trouverez en cliquant sur l'onglet "Fanzines à télécharger" (situé sous le nom du blog).

Le premier proposé est Voyeur n°1 (sommaire visible ici).




jeudi 20 décembre 2018

Exposition Fanzines à la Cinémathèque de Toulouse


En 2019 La Cinémathèque de Toulouse, en partenariat avec Les Musicophages , proposera deux mois d’exposition sur les fanzines, du 8 janvier au 3 mars.
La Cinémathèque profitera des 20 ans de son festival Extrême Cinéma pour exposer ses  fanzines dédiés au 7ème Art.

Il y aura aussi des ateliers pédagogiques gratuits , des concerts, des animations autour de la sérigraphie et du « Do It Yourself », et une table ronde sur les fanzines le samedi 9 février avec Christophe Bier, Didier Lefèvre er Laurent Hellebé.

Les Musicophages reviendront quant à eux sur l’histoire du fanzine, son avenir, ses techniques, tout en proposant de découvrir et feuilleter pépites et ovnis de leur collection patrimoniale unique de fanzines dédiés à la musique extrême.

Plus de détails bientôt...

lundi 3 septembre 2018

Mad Movies, une certaine tendance au cinéma de genre

L'histoire de Mad Movies, son évolution de fanzine en magazine mais aussi la fin des cinémas de quartier, le festival du Rex, les VHS et les vidéoclubs, le fanzinat, etc. Tout cela raconté par Jean-Pierre Putters et de nombreux intervenants.
Produit par Badlands et conçu par S. Perret & G. Perrin.








jeudi 5 avril 2018

Entretien avec Lucas Balbo


C'est au tour de Lucas Balbo de nous parler de la genèse et de la fin de son fanzine Nostalgia, de cet âge d'or du fanzine cinéma qu'étaient les années 80 et aussi de cinéma Bis. 

-Comment est né Nostalgia ? Les deux premiers numéros traitaient de ciné et de bande-dessinée, ensuite le fanzine est passé au 100% cinéma. Pourquoi ?

Les 2 premiers numéros de Nostalgia sont en fait des hommages à mes revues favorites de l’époque qui étaient les versions françaises des magazines Eerie, Creepy et Vampirella. J’ai un peu copié la formule mélangeant BD/cinéma bis/cinéma de genre. Sauf qu’évidemment comme je n’avais pas l’appui d’une équipe de dessinateurs, c’était plus cinéma que BD en fait.
Comme je n'arrivais pas à faire tout tout seul, je me suis associé avec Gérard Biard pour créer une nouvelle formule entièrement cinéma. Gérard voulait appeler ça "L'Hérétique", mais je trouvais ça un peu lourd, alors on a choisi d'angliciser le titre et c'est devenu Heretic. Mais quand on travaille tout seul, on prend des mauvaises habitudes et je n'ai pas su travailler en équipe, donc il n'y a eu que un seul numéro de Heretic. Pour la petite histoire, Gérard Biard est devenu par la suite le responsable de la section cinéma de Charlie Hebdo. C'est un de seul survivant de l'attentat car il était exceptionnellement en déplacement à l'étranger le jour de la réunion fatale...


-On retrouvait des sujets sur le cinéma Fantastique mais aussi et surtout le cinéma Bis ?

C’est vrai qu’au départ c’était plus basé sur le cinéma fantastique et ce n’était pas encore 100% Cinéma Bis. A partir du n° 3, j’ai élargi le spectre. Dans les deux premiers numéros j’avais fait des dossiers sur les films de la Hammer un peu méconnus, qui étaient un peu mon dada, c’est ce qui m’a poussé à éditer Nostalgia.

-Aujourd’hui il est difficile d’imaginer comment on faisait un fanzine à l’époque où il n’y avait pas internet, comment trouvais-tu les infos ? Avais-tu aussi l’aide de collaborateurs ?

Effectivement, à l’époque on n’avait pas cette bibliothèque formidable en ligne accessible à tout moment du jour ou de la nuit ; donc j’avais ma petite collection personnelle. Il y a aussi beaucoup d’amis qui m’ont aidé du mieux qu’ils pouvaient, notamment Jean Claude Michel qui a collaboré au premier numéro de l’EcranFantastique de la formule ronéotypée à la formule éditée par Lherminier en format à l'italienne.
C’était une partie de mes sources, puis j’ai commencé à accumuler les dossiers de presse, là où sont les sources accessibles et recopiées dans la presse;  et aussi et surtout, les annuaires de production distribués à Cannes à l’époque. J’ai aussi acheté beaucoup de documents, de collections, ce qui m’a poussé à élargir l’édition à la vente par correspondance et en salons spécialisés. Mais au départ, c’était pour avoir une base de documentation sérieuse pour mon fanzine.

-Par rapport à d’autres fanzines photocopiés, Nostalgia était assez luxueux. Comment es-tu arrivé à ce beau résultat ?

L’une des autres raisons qui m’a poussé à éditer Nostalgia est que je travaillais dans l’imprimerie. C’est d’ailleurs par cela que je suis arrivé au fanzinat car à cette époque j’aidais Jean Pierre-Putters à passer de sa formule ronéotypée à une formule 100% imprimée en offset (car, en réalité il n’y a eu que les tout premiers numéros de Mad Movies qui étaient ronéotypés). C’était en fait un mélange de photocopies avec des planches photos imprimées.
 Je me suis dit que puisque" JPP" arrive à faire son fanzine et à le vendre sans être du métier, moi avec l’avantage de l’imprimerie je devais pouvoir m’en sortir. C’est ce qui explique la qualité un peu hors norme des premiers numéros jusqu’aux numéros suivants avec des couvertures imprimées en couleur puisque j’avais un peu plus de moyens que la plupart de mes collègues de par mon métier.

-Pourquoi avoir lancé des numéros spéciaux ?

Au bout de quelques numéros, après les numéros 5 ou 6, s’est posé le problème de la rentabilité de l’édition. C’est là en général où la plupart des éditeurs de fanzines s’arrête parce qu’ils s’aperçoivent, qu’au final, c’est beaucoup d’investissement en temps et en argent, en fonction des budgets qu’on veut y consacrer. Il faut, soit passer à la vitesse au-dessus pour pouvoir y consacrer suffisamment de temps pour que cela soit sérieux, soit abandonner...
 Je me suis donc dit que j’allais essayer des numéros spéciaux, des monographies, dont le premier était sur Klaus Kinski et sa fille Nastassia, qui a très bien marché, il y eu trois éditions différentes. Le deuxième sur Richard Widmark et le troisième, une monographie sur Jack Palance. Pour ces numéros hors-séries, j’avais un distributeur sur la France, dans l’idée de pouvoir vendre un peu plus que les 100 ou 200 exemplaires habituels sur la région parisienne. L’idée était la bonne sauf que le problème, en France, il n’y a pas de vrais débouchés pour les petits distributeurs. Au bout de 3 numéros, mon distributeur a fait faillite et est venu me voir en disant qu’il reprenait la même équipe avec une autre structure mais qu’il ne pouvait pas assurer le passif. C’est-à-dire qu’il ne pouvait pas me payer les numéros déjà vendus mais qu’il voulait bien s’occuper de mon nouveau numéro sur lequel il prenait également 50% à 60% sur le prix de vente. Ça s’est avéré être un mauvais calcul au final...


-Nostalgia date des années 80, cette période fut plutôt florissante pour le fanzinat ? Il y avait une bonne entente entre tous ?

C’est vrai que les années 80 étaient vraiment très riches en fanzines. C’était l’explosion du fanzinat probablement due à la vidéo qui permettait des cinéphilies un peu plus extrêmes. J’ai fait l’erreur de critiquer une partie de mes collègues, par vanité probablement, ce que je regrette un peu maintenant. Donc je me suis retrouvé avec quelques collègues qui ne m’appréciaient pas. Il y a avait une entente mais ily  avait des clans. Je n’étais pas d’un certain clan mais j’en étais d’un autre. Au final, c’était assez bon enfant, mais il y avait quand même des petits "clash".
Mais le fanzine m’a servi de carte de visite pour des échanges à l’étranger. C’est pour ça que, dès que j’allais en voyage à l’étranger, je prenais contact avec un éditeur de fanzines de films fantastiques car il y en avait un peu partout en Europe et surtout aux USA. Ça m’a permis comme ça de développer des contacts amicaux assez rapidement. Et c’est ce que je conseille à chaque éditeur de fanzines de se servir de ça comme tremplin pour faire connaissance avec nos amis étrangers.

-Tu as aussi participé à Horror Pictures ou Mad Movies. Ainsi qu’à d’autres fanzines ou revues ciné ?

Mad Movies, comme je l’ai dit plus haut, c’était plus une collaboration technique. Pour Horror Pictures, c’était la même chose, mais je choisissais plus ou moins les documents ; c’était un travail plutôt éditorial et il y avait peu d'écrit. J’ai surtout écrit des piges à droite à gauche mais comme c’était difficile d’être payé je n’ai pas vraiment insisté dans cette voie.

-Pour quelles raisons as-tu arrêté Nostalgia ? Tu n’as jamais eu envie de refaire un zine par la suite ?

J’ai arrêté Nostalgia car mon distributeur des hors-séries a fait faillite. Comme je ne voulais pas me faire arnaquer une deuxième fois, je n’ai pas continué et je suis passé à la rentabilité de mon investissement temps (on ne va pas parler d’argent). Comme j’avais accumulé beaucoup de documents de cinéma pour illustrer à la base le fanzine, j’ai commencé à louer des photos ou à en fournir pour tous supports : vidéos, presse, édition, etc. Et le fanzine m’a permis de mettre un pied dans ma profession actuelle de documentaliste.
Refaire un fanzine maintenant avec les nouveaux supports est très difficile car il faudrait faire un fanzine ultra pointu qui demanderait beaucoup de temps. Sa rentabilité serait très ardue donc a priori, non. J’ai fait un numéro spécial sur le burlesque que j’ai édité en une centaine d’exemplaires qui se sont bien vendus, mais ça ne m’a pas donné envie de me replonger dans l’autoédition. Car qui dit autoédition dit aussi auto-distribution... 




-Tu as co-écrit avec Laurent Aknin "Les Classiques du cinéma Bis". Comment es-tu arrivé sur ce livre?

Laurent Aknin, qui est un ami de longue date que j’ai rencontré au cinéclub de la faculté de Censier, avait trouvé un éditeur intéressé par le projet. On a réalisé un premier volume, Cinéma Bis, 50 ans de cinéma de quartier où j’étais chargé à 100% de l’iconographie, qui était sous forme de dictionnaire de personnalités (réalisateurs, acteurs et producteurs) qui est totalement épuisé à ce jour. Le deuxième volume, Les Classiques du Cinéma-Bis, a été co-écrit, et j'ai écrit un peu moins d'un tiers du livre, mais j'ai fourni 99 % de l'iconographie. C’est un dictionnaire de films un peu décalés, bizarres, que l’on a sélectionné ensemble Laurent et moi. On s’est donc partagé l’écriture du deuxième livre, dont la deuxième édition revue et corrigée est encore disponible en librairie. C’est arrivé à la suite du Dictionnaire du cinéma populaire français (même éditeur : Nouveau Monde éditions) où Laurent avait fourni une grande partie des textes aussi et où j’avais fourni une grosse partie de l’iconographie. Les livres sur le bis sont venus un peu grâce à ma casquette de documentaliste, et où j’ai débordé sur mon emploi habituel.

- Un projet futur ?

En ce moment, je suis en train de peaufiner un livre sur l’âge d’or de la vidéocassette, la VHS. Ce ne sera pas un livre feel good, dans le genre « Ah qu’est-ce que c’était bien avant », car le DVD et le Blu-Ray sont de vraies avancées technologiques qui ont enterré ce brave format. Mais ce sera un historique de comment la vidéo a transformé la société, la cinéphilie. Il y aura un petit guide des éditeurs, un descriptif de 50 éditeurs, qui représentent à peu près le panel de l’édition vidéo de l’époque. On y trouvera aussi plusieurs entretiens avec des gens de la profession, dont un entretien avec Laurent Melki, le dessinateur des jaquettes les plus chargées de nos vidéothèques. En résumé ce sera une enquête et un historique de la vidéocassette en France (sortie prévue fin 2018, début 2019).

Un grand merci à Lucas Balbo pour sa disponibilité.
Il est encore possible de trouver des anciens numéros de Nostalgia à cette adresse: http://artclips.free.fr/cat9.htm

Transcription et relecture par Anne-Laure Moumal,
 merci aussi à elle pour son aide précieuse.

mardi 20 février 2018

Avant-Après

Changements, transformation, passage au format pro... Quand le fanzine évolue en mieux (ou pas) !


1991 - 2018
2014 - 2017
1986 - 2017
1969 - 2018
1997 - 2016
1990 - 2017
1972 - 2017
1989 - 2017
2007 - 2014
1980 - 2017

1996 - 2017

1993 - 2017

jeudi 21 décembre 2017

The Fantasy Fan

"The Fantasy Fan est l'un des tous premiers fanzines SF/Fantasy de l'histoire. Il fut conçu en 1933 par un tout jeune fan âgé alors de 17 ans, Charles D. Hornig. Il sollicita plusieurs professionnels, qui répondirent présents à l'aventure, dont évidemment Lovecraft, Smith et Howard.
Avec son courrier des lecteurs et sa rubrique "news", The Fantasy Fan aida à fédérer ce qui allait devenir le fandom (la notion était alors très floue).
Bref, une revue historiquement capitale, et qui aida d'ailleurs Hornig à décrocher quelques années plus tard un poste d'editor. La plupart des 18 numéros de The Fantasy Fan furent tirés à une soixantaine d'exemplaires, ils sont donc rares!
Le poème "The Voices Waken Memory" de Howard fait sa première apparition dans ce numéro. Il sera repris en 1957 par Glenn Lord dans son anthologie Always Comes Evening. Entretemps, il aura été réédité en 1944 par Donald Wollheim dans son atypique publication The New Hieroglyph.
Au sommaire de ce Fantasy Fan, on trouve aussi HPL [Howard Philip Lovecraft] (Un nouveau chapitre de Epouvante et Surnaturel en Littérature), CAS [Clark Ashton Smith] (le poème "The Lotus and the Moon") et Forrest Ackerman pour un article".

Texte et document de Patrice Louinet. 

vendredi 9 juin 2017

Entretien avec Luis Alcaide et Patrick Nadjar

Ce qui au départ n'était pas du tout prévu quand j'ai commencé ce blog, et qui est devenu une de mes principales motivations, ce sont les rencontres avec des personnes sympathiques dont les paroles intéressantes et les encouragements vous boostent et vous permettent d'avancer. Ce fut encore le cas avec le duo Luis Alcaide-Patrick Nadjar que j’ai croisé à plusieurs reprises au Festival Bloody Week-end qui a lieu chaque année à Audincourt. Lors de la 8ème édition, qui s’est déroulée en mai dernier, je leur ai demandé s’ils pouvaient m’accorder un peu de temps pour me parler de leur parcours dans le fanzinat, de leur travail de journaliste pour des revues ciné et de la passion qui les anime encore et toujours. J'espère que vous prendrez autant de plaisir à lire ces lignes que j'en ai eu à les écouter:


Leur rencontre

 -Patrick Nadjar : notre rencontre date d’il y a environ 30 ans. J'étais à l'Ecran Fantastique depuis quelques années et on cherchait un traducteur. J'avais besoin de quelqu'un pour faire des interviews et les traduire et comme Luis était parti aux Etats-Unis de nombreuses années et que l'anglais n'était plus un secret pour lui… C'est comme ça qu'il est rentré à l'EF.

-Luis Alcaïde : j'ai commencé à l'Ecran en 1988. Mon test a été Peter Jackson, c’était la première interview que j'ai traduite de ma vie, pour le film Bad Taste.

-PN : c’est à partir de là qu’est né notre amitié. On s'est trouvé beaucoup de passions communes, comme le cinéma fantastique.

-LA : et le football…

-PN : et le football évidemment, et plein d'autres choses.

-LA : on faisait partie de la bande du Rex, une trentaine de cinéphiles qui allaient à tous les festivals de Paris. On passait de bons moments. Un jour, on a pris Zu, les guerriers de la montagne magique de Tsui Hark en pleine gueule.

-PN : et aussi A Chinese Ghost Story. Ces films ont lancé notre intérêt pour le cinéma asiatique et de Hong Kong. A Chinese Ghost Story était passé, en double programme, dans une salle parisienne tenue par des asiatiques (salle qui a malheureusement fermé quelques mois après).

Butterfly Warriors 

-LA : seulement deux numéros sont sortis, ainsi qu’un troisième qui est resté à l’état de maquette.

-PN : on était plusieurs sur Butterfly Warriors mais les deux principaux rédacteurs c’était nous. C'est Luis qui a trouvé le nom du fanzine, un mélange de 2 titres de films de Tsui Hark: Butterfly Murders et Zu, Warriors From the Magic Mountain. On était tous les deux à l'Ecran fantastique, j'ai fait passer une petite annonce à l’intérieur, pour demander aux fans de cinéma asiatique de nous rejoindre afin de créer un genre d'association, de fanclub. Ce qui nous a permis de rencontrer des gens comme Julien Carbon et Laurent Courtiaud, qui par la suite ont fait des films et travaillé avec Tsui Hark. Ils sont donc venus nous rejoindre avec d'autres. Ce petit groupe nous a permis de réaliser des articles et des interviews pour Butterfly Warriors.

-LA : un jour on a rencontré un expert allemand à Milan qui nous a dit que BW était le 1er fanzine européen, y compris l'Angleterre, sur le cinéma asiatique. On était précurseur.

-PN : il y a une anecdote à ce sujet : ce monsieur avait trouvé un exemplaire de BW à Berlin, mais on lui dit que nous, on a jamais envoyé d'exemplaire à Berlin ! Il s'est en fait avéré que c'était des photocopies! Donc un numéro pirate.

-LA : il était même gêné, mais je lui ai dit: "Vas-y, pirate autant que tu veux, plus tu pirates plus on est content nous". On écrit des trucs, on est heureux que les gens les lisent.

BW dans l’EF 

-PN : comme j'étais déjà depuis quelques années à l'Ecran Fantastique et que j'étais assez proche d’Alain [Schlockoff], il m'a proposé d'intégrer Butterfly Warriors à l'intérieur de l'EF. Donc, on a fait un mini BW d'une dizaine de pages, toujours avec ce même titre [dans le n° 128, novembre 1992]. Cela a duré quelques numéros. Dans le premier il y avait une interview de Myazaki pour Porco Rosso.

-LA : ce qui s'est passé aussi c'est que, quand on a fait le deuxième numéro du fanzine, des mecs sont venus nous chercher pour faire deux magazines pro.

-PA : sur les Laserdiscs: LaserOfilms, qui a eu 2 numéros et Lasermania, plus connu et plus balèze au niveau artistique, de la mise en page, du tirage… qui a connu lui 3 numéros.

-LA : pour ces deux revues c’est nous qui décidions des couvertures.

-PN : j'ai pu aussi réutiliser des articles que j'avais faits pour mes fanzines, comme par exemple pour Ciné-Fantasy, un sujet sur Robojox de Stuart Gordon (dans LaserOfilms).

-LA : on a beaucoup recyclé dans ces revues en fait.

-PN : les fanzines c'est 100 ou 200 exemplaires, donc c’est lu par peu de gens, tandis que ce genre de revue, c'est 5000 ou 10000 exemplaires.

Ciné-Fantasy

-PN : Ciné-Fantasy est né il y a de nombreuses années [1985], avant Butterfly Warriors, co-édité avec Jean-Luc Vandiste. Une dizaine de numéros dont un n° spécial, avec des dessins. Alain [Schlockoff] avait lu un numéro (le 8 ou 10 je pense) dans lequel il y avait une interview de Clive Barker notamment, il avait trouvé ça très bien et à partir de là il m'a contacté pour rejoindre l'Ecran Fantastique.
On a eu des trucs super sur Ciné-Fantasy. On avait aussi une chance énorme c'est qu'on ressemblait à un nom d'un grand magazine, Cinefantastic. Je me souviens, on était parti voir Stuart Gordon en Italie, pour Robojox, et après avoir assisté au tournage, quand on est allé voir l'attachée de presse, elle nous a demandé qui on était, j'ai répondu Ciné-Fantasy et elle me dit : "Cinéfantastic !"
Je dis toujours: t'as pas besoin d'avoir un grand magazine tant que tu fais ce que tu aimes avec le coeur et la passion, et le partage, tu peux obtenir beaucoup de choses.
J'étais un grand fan de Suspiria, on avait fait un article sur les 10 ans du film. On avait contacté Dario Argento et on est allé le voir à Rome, lors de la sortie d'Opera. Il était sur la posprod de son film avec Romero, Two Evil Eyes (Deux yeux maléfiques). Quand il a pris le fanzine en main, il a dit, avec son enthousiasme italien: "Ce n’est pas possible, ils l'ont fait !" C'était quand même Dario Argento en face de moi, moi j'étais rien du tout avec mon petit fanzine… On était très impressionnés. Rencontrer Dario Argento c'est toujours un grand bonheur.
Quelque part, avec Ciné-Fantasy, on a fait un fanzine qui était assez proche d'un magazine pro, on avait quand même des interviews très balèzes, qui duraient une heure, donc je pense qu'il y avait de la qualité. Alain Schlockoff avait apprécié, il avait fait comme ça [Patrick lève son pouce]. On avait assuré au niveau des interviews.


Ecrire pour un fanzine ou pour une revue

-LA : pour nous il n'y a pas de différence. Il n'y a aucune différence à écrire pour un mag pro ou à écrire pour un fanzine. Tu le fais sérieusement de toute façon. Que ce soit pour l'un ou l'autre, l'important ce n'est pas toi qui l'amène, l'important c’est les gens qui te donnent des informations intéressantes suite aux questions que tu poses.
En fait il y a 2 façons de faire les interviews, il y a les pro et les fans, les cinéphiles. Le bon exemple c'est Bob Keen, qui a fait les effets spéciaux de Cabal et travaille beaucoup avec Clive Barker, il nous avait dit à Bruxelles: "Ecoutez, c'est la 23ème interview que je fais, les 22 d'avant c'était les mêmes. Vous, vous êtes arrivés et vous m'avez posé une question pointue sur un truc". Pour cette interview on avait 20 minutes, on a fait 1h05. L'attachée de presse nous faisait de grands signes: "Il faut arrêter, il faut arrêter..". Et lui il disait: "Non, non..."
Et quand on a interviewé C. Barker, juste après, Keen est revenu dans l'hôtel, au Hilton de Bruxelles, il a ouvert la porte, il a fait signe à Barker et nous a montré tous les deux en levant le pouce.
Quand tu pars comme ça, ça peut être que bien.
La différence [avec les pros] c'est que nous, on a toujours interviewé que des gens qu'on avait envie d'interviewer, ce n'est pas un boulot donc t'es pas obligé d'interviewer un mec que t'aimes pas.

-PN : je me souviens d'un numéro de Toxic dans lequel on avait écrit 3/4 du sommaire,  avec beaucoup d'interviews. On avait été en Angleterre et en Italie, avec Bruno Maccarone, qui parlait italien, donc c'était beaucoup plus facile.

-LA : c'était du système D en fait, tu fais l'interview de Keen, qui va voir Barker pour dire que ces mecs là sont bons, et après Keen t'invite sur le lieu de création des effets-spéciaux à Pinewood. Donc t'y vas, tu passes devant les décors de Batman…

-PN :.. les bâtiments de 007, c'est très impressionnant pour nous.
Que ce soit un fanzine ou mag comme l'Ecran ou Mad Movies, tu gagnais pratiquement rien en faisant les trucs, donc il n'y avait pas une grande différence, à part la maquette avec de jolies photos. Mais pour nous l'interview était toujours la même.

-LA : le format 20 minutes qui était normalement imposé, en fait ça te limite, si le gars que tu interviewes a envie de te parler plus longtemps d'un truc, il ne peut pas, parce que toi t'as une liste de questions et il faut que tu les poses dans ce laps temps imparti. Donc, à la limite, tu vas l'interrompre à un moment plus ou moins propice et changer de sujet. Nous on a toujours laissé les mecs s'exprimer. Quand on a interviewé Robert Englund, je crois qu'on a posé qu'une seule question et on a discuté avec lui pendant 30 minutes. Il est complétement volubile le garçon.
A la fin, il nous a piqué tout ce qu’on avait, les numéros de l’Ecran, les fanzines… tout ! C’est un cinéphile vraiment passionné. Un vrai fan de fantastique.

-PN : pareil à la radio, j'ai reçu Brontis Jodorowsky, je l'ai laissé parler, je l'écoutais comme un petit enfant raconter des choses assez extraordinaires. Et la façon de le dire aussi était intéressante.
 Nous, ce qu'on recherche, c'est le partage de la passion. That's all !


Le fanzinat aujourd'hui

-PN : on lit encore des fanzines. Le fanzinat est revenu, il y a une époque où c'était surtout sur internet. Ça revient, mais c'est beaucoup de travail, on demande aux fanzines plus de qualité qu'avant. La mise en page, Photoshop etc. C'est du boulot. La raison est aussi l'habitude de l'image. On est dans le monde de l'image quoi qu'on en dise.

-LA : je viens d'en acheter 2 en arrivant [au BWE].

-PN : même si on a traité de pas mal de sujets, on peut toujours apprendre des choses, car il y a des gens qui sont très pointus sur des sujets.

-LA : oui, beaucoup plus que nous.

-PN : par exemple il y a des gens que sont très forts sur la Hammer, c'est leur passion. Ils vont toujours t'apprendre des anecdotes. Quand on fait des interviews, même maintenant, il y a toujours pleins d'anecdotes dont on n’est pas au courant.

A propos de Boulevard du cinéma et Ciné For Ever

-PN : Boulevard du cinéma sur YouTube, est une émission cool et sympathique. Le principe est assez simple, chacun parle de ce qu'il aime.

-LA : en gros c'est un fanzine filmé, c'est un peu ça le principe.

-PN : je fais aussi une émission radio qui s'appelle Ciné For Ever, quand les gens viennent, j'apprends à chaque émission plein de choses, ils ont toujours des choses à dire. Car on leur donne les moyens de pouvoir s'exprimer pendant 1h30 - 2h00, ce qui n'est pas le cas de la télévision ou de la radio moderne où on te fait une interview d'une heure et on te garde 5 minutes.
On en revient toujours au fanzine finalement, il est tout le temps présent, qu'il soit sous forme d'émission radio, sur le web...

A propos de leur passion pour le cinéma

-LA : il y a beaucoup de vrais passionnés dans le cinéma, de notre côté, mais aussi, de l'autre côté, il y a ceux  qui le font et qui le créent. Et il y a ceux pour qui c’est juste un taf, c'est mecs là sont pas intéressants, c'est comme interviewer un comptable.
Au niveau du fanzinat, ce qui nous intéresse chez l'interlocuteur, ce n’est pas ce que l'on sait déjà. Un mec qui ratisse large, dans tous les genres du cinéma, il fait souvent une interview stéréotypée, avec des questions obligatoires: quels sont vos projets, est-ce que vous avez aimé tourner avec untel etc…  Alors que nous, on va aller plus loin dans l'analyse: dans tel film il se passe ça, est-ce que ce ne serait pas un hommage à ceci… Et si le réalisateur il a fait son film en pensant à ça, il est content, il se dit : « ce gars il a remarqué ce détail ». Par exemple dans Alien 4 il y a plein d'hommages à d'autres films dont le grand public ne se rend pas compte. Moi quand j'ai vu ce film j'ai halluciné, c'est clair qu'il y a un hommage à Argento de ouf, que tu n'as pas forcément vu. Et ces mecs-là, ils ont envie de te raconter ça. C’est surtout vrai dans le fantastique, moins dans les autres genres.

-PN : mais ce n’est pas parce qu'on n'écrit plus dans l'EF par exemple qu'on est plus passionnés, on continue, plus journalistiquement parlant, mais avec d'autres moyens comme la radio ou Boulevard du cinéma. Notre passion est toujours là.

-LA : on est passionnés par les gens qu'ils le font, les films ont les voit on les apprécie, mais on a envie d'en savoir plus, de poser des questions. Mais ce sont des questions qu'on leur pose rarement dans les médias généralistes. Car le grand public il en a rien à foutre de savoir si dans un film de série Z il y a un hommage à un film de série B. Nous ça nous intéresse.

-PN : ce qui était important quand on faisait du journalisme, ce n'était pas les critiques de films, on s'en foutait, chacun fait la critique de ce qu'il veut, ce qui m'intéressait c'était le côté humain et rencontrer les gens, avoir ce contact, pouvoir parler de sujets dont d'autres ne parlent pas.
Il faut laisser parler les gens, leur donner le temps de parole nécessaire. Et ils raconteront des choses intéressantes.

-LA : l'avantage qu'on a eu c'est Patrick, il avait les contacts, c'est le plus important. Ca fait boule de neige. Quand on a contacté les gens de Honk-Kong, on a rencontré tout le monde, on nous a invité à manger quand John Woo est venu tourner à Paris, on a passé 2 jours sur le tournage avec lui.

-PN : le rapport humain est important avec les asiatiques, dans leur contact, leur façon de faire. Avec John Woo pendant 10 ans, on s'est envoyé des vœux. Quand on a été à Los Angeles, avec les copains pour Haxan Films, il était sur la préproduction de Face Off, à la Paramount. On l'appelle et on a son agent qui dit qu’il n’aura pas le temps, plus tard on a reçu un appel de la personne qui s'occupait des affaires de Woo sur le tournage et qui nous dit: "Oui, il va vous recevoir".
Donc on est rentré à la Paramount et on a vu John Woo, il était super content de nous voir, il nous dit que Face Off coûte 80 millions de dollars, et il commence à me donner le story-board, et me dit "Qu'est-ce que t'en pense?" Il nous a aussi dit qu'il n'était pas heureux à Los Angeles. Lui, un vrai Chinois, il adore les rapports humains entre les gens, alors que Los Angeles ce n’est pas ça du tout. Quand il est venu à Paris, pour le tournage du film Les Associés, on l'a invité, un dimanche, sur les Champs Elysées, on a mangé ensemble, il me dit: "Le meilleur moment de tout ce voyage, du tournage... c'est maintenant avec vous". Ça, ça vous marque.
On est des passionnés, on ne cherche rien de particulier, juste rencontrer des gens qu'on apprécie, tout simplement. Ils nous apportent tellement de bonheur en voyant leurs films que de notre côté on essaye de leur donner un peu de nous, pour partager avec eux ce qu'ils nous ont apporté.
Il n’y a pas longtemps, il y a eu une séance de dédicace avec Joe Dante chez Métaluna. Il a passé une partie de son temps à regarder et acheter des revues, des DVD, des BR…
Ce genre de réalisateur on adore car ils ont la même passion que nous, sauf qu’ils ont eu la chance, ou l’opportunité d’aller plus loin. Mais ce sont des fans, comme nous.

Un énorme merci à Patrick et Luis pour ce super moment.
Retrouvez-les tous les deux avec leurs amis sur la chaîne Youtube Boulevard du Cinéma.
Et l'émission de Patrick Ciné For Ever chaque mercredi soir.

mercredi 17 mai 2017

vendredi 21 octobre 2016

La Sclérose Paralysante du FANZINAT

Publié en 1981 par Pierre Pattin dans son Zombi Zine n° 3, je vous propose ce très intéressant article sur le fanzinat. Vous constaterez en le lisant que, même s'il a 35 ans, ce texte reste d'actualité en certains points.

Cliquer sur les images pour agrandir:



dimanche 4 septembre 2016

Entretien avec Christophe Triollet




Le fanzine Darkness fête cette année ses 30 ans d'existence, à cette occasion est sorti un numéro spécial anniversaire (le n° 17, dont vous pouvez voir, ci-dessus, la couverture en exclusivité). Avec Rigs Mordo, mon ami de la Toxy Crypt, nous avons interrogé Christophe Triollet, créateur et rédacteur en chef du fanzine, pour qu'il nous en dise plus sur la sortie de ce numéro spécial mais aussi sur un sujet qu'il connait sur le bout des doigts, la censure. Il revient également sur les premiers Darkness Fanzine.

On va revenir aux débuts, car il est toujours amusant de savoir comment s’est monté un fanzine. Alors dis-nous tout sur le départ de Darkness Fanzine ! Ce qui t’a poussé à t’y mettre, tes ambitions à l’époque, ta méthode de travail, on veut pour ainsi dire tout savoir !

Tout commence par une rencontre. En juillet 1984, alors que j'accompagne mon père dans un bureau de tabac, mon regard glisse le long des revues exposées dans une petite librairie de bord de mer. J'ai alors en poche un peu d'argent, mais j'hésite encore sur la destination de mon investissement. Finalement, la couverture du 31ème numéro de Mad Movies attire mon attention et mon choix est définitivement arrêté après la découverte du sommaire alléchant et des photographies saignantes de Vendredi 13. Un abonnement et quelques numéros plus tard, l'envie d'écrire sur le cinéma fantastique et d'horreur me submerge. Je comprends alors très vite qu'il est possible de partager ma passion avec d'autres cinéphiles en publiant un fanzine. J'ai donc commencé par découper des photographies, ici et là, tout en écrivant quelques mots sur les films qui me faisaient rêver. Bref, j'étais heureux de pouvoir livrer mes états d'âme cinématographiques autrement qu'en parlant avec mes amis.

Tu as dit, à propos de tes premiers numéros de Darkness: "...des chroniques de films mal rédigées et sans intérêt.  Les numéros se suivent sans provoquer une vague d'enthousiasme parmi les lecteurs. A juste titre...". C'est un peu dur non? Tu penses toujours pareil aujourd'hui?
Je ne renie pas une seule ligne des premiers numéros, et j'assume complètement leur contenu. Pour preuve, au moment de la ressortie du fanzine en 2010, je n'ai pas hésité un seul instant pour conserver un titre choisi un peu par hasard à l'âge de 16 ans, et qui peut aujourd'hui surprendre les lecteurs. Ceci étant dit, il faut tout de même bien admettre que la qualité des textes offerts à l'époque n'a absolument rien à voir avec celle que l'on trouve aujourd'hui dans certains fanzines. C'est pour cela que je n'ai pas souhaité me lancer dans le retirage des numéros 1 à 10 et que, pour l'anniversaire du fanzine que je vais célébrer dans quelques jours, j'ai finalement choisi de proposer des articles anciens mais toilettés, remastérises, afin de rendre leur lecture plus agréable, tout en veillant à conserver leur essence originelle.

Finalement, qu’est-ce qui t’a poussé à arrêter, ou mettre en pause, Darkness pendant quelques années ?
Au début des années 90, les fanzines étaient très nombreux sur le marché, et il était parfois très difficile de distinguer le bon grain de l'ivraie. Malgré quelques ventes parfois encourageantes, Darkness n'a jamais vraiment réussi à décoller, à trouver son public. Sans doute la faute à une ligne éditoriale trop généraliste, même si certains dossiers audacieux, tels ceux consacrés aux Festivals du Super 8 ou au mime au cinéma, ont tenté d'offrir aux lecteurs un regard différent. Mes études ont fini par me convaincre qu'il me fallait passer à autre chose, me mettre en pause. Je ne savais pas si un jour je reprendrais l'aventure. C'est aussi à ce moment là que j'ai commencé à concilier mon vif intérêt pour le droit avec mon amour pour le cinéma de genre. J'ai alors écrit sur le contrôle cinématographique dans quelques revues de droit et de cinéma. Doucement, je suis devenu incollable, ou presque, sur le sujet.

C'est donc tout naturellement que tu choisiras de traiter de la censure au cinéma quand tu reprendras le fanzine (sujet déjà abordé dans le numéro 9). Comment a évolué ce projet?
                                                                                     
Comme je le disais, mes études de juriste ont alimenté ma curiosité de cinéphile. Je me suis posé des questions, cherchant à comprendre pourquoi l’État réglementait encore le cinéma ? Que cherche-t-on à nous cacher, la protection des jeunes spectateurs justifie-t-elle le placement du cinéma sous la tutelle des pouvoirs publics ? Cet intérêt marqué pour ce que l'on appelle « la censure », est également né de ma rencontre avec Bernard Joubert, l'un des spécialistes du sujet, qui venait de publier à l'époque Images Interdites, un ouvrage de référence richement illustré. Progressivement et assez naturellement, je me suis alors mis à travailler sur toutes ces questions. Ce que je fais encore à ce jour.




Tu peux nous dire quelques mots sur le livre que tu as écrit "Le contrôle cinématographique en France" (Editions L'Harmattan, 2015)? Qu'apporte-t-il de plus par rapport aux sujets traités dans Darkness.
La publication du livre marque l'achèvement d'un cycle de plus de vingt années de recherches sur la thématique. Il synthétise mon travail, mes rencontres, mes lectures, et ma réflexion. En écrivant ce livre, je me suis lancé un double défi. Celui d'offrir de nombreuses informations aux spécialistes du sujet, tout en intéressant les béotiens, les cinéphiles et les curieux. J'ai voulu faire un livre de droit accessible aux non-juristes. Si dans le livre je fais un tour d'horizon détaillé du contrôle cinématographique en France, en actualisant le plus possible mes analyses, le fanzine adopte une tout autre démarche, collective et participative, même s'il s'intéresse aux mêmes problématiques. Bref, les deux publications sont complémentaires.
Tu es juriste de formation, Darkness réunit des rédacteurs universitaires, de la presse, d'autres issus du fanzinat. Un mix plutôt étonnant et original pour un fanzine. Pas trop dur de trouver une cohérence avec ces gens venus de milieux différents ?
Contrairement au livre, le fanzine est un forum dans lequel sont invités des auteurs aux profils différents. Mais dans tous les cas, leur parole est libre, et le mélange des idées sur une thématique se rapportant à la censure au cinéma, le temps d'un numéro, offre des perspectives étonnantes et inédites aux lecteurs puisqu'il mêle des points de vue et des approches parfois diamétralement opposés. La mise en page permet de lier les articles, de fluidifier la lecture et, au bout du compte, on peut s'apercevoir que tout ce petit monde cohabite parfaitement, habité par la même passion , le même intérêt viscéral pour le cinéma.
Darkness étant un fanzine centré sur la censure au cinéma, j’imagine qu’en tant que fan de cinéma horrifique et bis tu n’as pas une excellente image du procédé de la coupe. Pour autant, est-ce qu’il t’est arrivé de tomber sur des films dont tu penses que la censure est compréhensible, voire qu’elle aurait pu être plus poussée (je pense aux séquences de snuff animalier par exemple) ?
Si la protection des jeunes spectateurs est indispensable, je comprends moins que l'on censure un film pour des motifs purement mercantiles. Cela revient à lisser la pensée, à niveler l'offre de spectacles vers le bas. Aujourd'hui, le ministre et la Commission classification ne font plus et n'exigent plus de coupures. Fort heureusement. En revanche, les producteurs et les distributeurs n'hésitent pas un instant à remonter un film pour ne pas risquer une restriction économiquement trop pénalisante. Une posture financière compréhensible, mais artistiquement très contestable. Toujours est-il que la France reste le pays au monde où le cinéma souffre le moins des affres de la censure. L'acte d'interdiction me surprend toujours, me révulse parfois, mais je demeure cependant mesuré face à des films qui n'ont pour seul objectif que de heurter. Je pense aux œuvres controversées de Lucifer Valentine, par exemple.
On a un peu la sensation que la censure fait des vas-et-viens : elle sera dure durant quelques années, va se ramollir, puis va peut-être repartir. Qu’est-ce qui, selon toi, relance la chasse aux sorcières lorsqu’elle était calmée depuis quelques temps ? Et penses-tu que la censure des années futures sera plutôt tendre ou rude envers le cinéma un peu hargneux ?
La censure a pour conséquence de supprimer, de gommer les idées. En France, encore une fois, les pouvoirs publics et les tribunaux n'exigent aucune coupe, aucun remontage. En ce sens, il n'y a plus de censure. En revanche, ils s'intéressent à concilier le niveau de représentation d'un film avec la nécessaire protection des mineurs. Alors qu'en est-il de l'annulation des visas de Saw 3D, de Nymphomaniac, de La Vie d'Adèle ? Les décisions de justice qui se sont succédé récemment, ne sont que la conséquence des recours des associations Promouvoir et Action pour la dignité humaine. Car les tribunaux administratifs examinent le niveau de restriction accolé à un film, annulent le visa d'un film le cas échéant que, si et seulement si, ils sont saisis ! Pendant des années, les juges ne se sont pas prononcés sur le cinéma, tout simplement parce qu'ils n'étaient pas sollicités. Aujourd'hui, la multiplication des actions en justice les a conduits à se réapproprier la matière. La censure, au sens générique, n'est donc pas plus virulente que par le passé. En réalité, les décisions de justice sont plus nombreuses uniquement parce que Maître Bonnet, l'avocat des associations actuellement les plus actives, forme des requêtes. Le juge en a alors profité pour rappeler son rôle au ministre et à la Commission, ces derniers ayant la fâcheuse habitude d'appliquer la loi en l'interprétant parfois un peu trop librement.
Finalement, lorsque l’on se penche sur les derniers numéros de Darkness, tes propres goûts cinématographiques transparaissent assez peu. Quels sont-ils, au juste ? Que recherches-tu dans le cinéma dit « bis » ou fantastique ?
Mon intérêt pour le cinéma fantastique remonte à Star Wars. En 1977, mon père a eu la bonne idée de me faire découvrir en salles, avec lui, le film révolutionnaire de George Lucas. Mon intérêt pour les films d'horreur remonte à 1982. Faisant la queue avec mes parents pour découvrir E.T., l'extra-terrestre, je me souviens avoir été fasciné par les photographies promotionnelles posées sur le tableau d'affichage du cinéma qui programmait, au même moment dans la salle d'à côté, Evil Dead de Sam Raimi. Pour le reste, je dois admettre que je ne suis pas un grand spécialiste du cinéma Bis, même si j'ai loué ou acheté de très nombreuses VHS qui m'ont profondément marqué. J'ai adoré les films de Ruggero Deodatto, Lucio Fulci, Lamberto Bava, ou encore George Romero. Aujourd'hui, s'il m'arrive encore de regarder quelques chefs-d’œuvre des années passées, pour mon plaisir ou pour les besoins d'un article, je préfère découvrir de nouveaux auteurs, de nouveaux films. David Robert Mitchell m'intéresse, Robert Eggers me surprend, Lucile Hadzihalilovic m'interroge. Internet permet de dénicher des raretés, de louer des films peu connus. C'est actuellement ce cinéma nouveau qui me captive.
Tu as vécu l’époque du fanzinat d'avant Internet. Quels sont pour toi les grosses différences avec l’actuelle ?
Je me suis déjà exprimé sur la question sur le site cinemafantastique.net, déclenchant pour l'occasion certaines réactions hostiles. Avec mon ami Yohann Chanoir, nous avons réfléchi à la question. Nos échanges ont permis la rédaction d'un article qui devrait être publié dans les prochains mois. Si la forme est désormais de grande qualité, les outils de mise en page étant désormais à la portée de tous, le fond est toujours aussi fluctuant d'un fanzine à l'autre. La grande différence tient à la documentation disponible et à la manière de l'exploiter. Au milieu des années 90, il fallait acheter des livres, feuilleter des revues, aller voir des films au cinéma, louer des cassettes au vidéo-club, fréquenter les bibliothèques, pour prétendre travailler sérieusement sur un sujet. Bref, il fallait obligatoirement sortir de chez soi. Aujourd'hui, on peut faire tout cela et bien davantage, en restant assis sur sa chaise, à la maison, devant son écran d'ordinateur. Du coup, si l'information disponible est plus dense, elle est la même pour tout le monde. Les dossiers proposés dans les fanzines actuels sont souvent identiques, les sources similaires, car certains fanéditeurs ne prennent pas toujours la peine d'aller à la rencontre du papier et des personnes pour recueillir leur avis ou dénicher un entretien exclusif.




Le prochain numéro va sortir incessamment sous peu, que peux-tu nous révéler à son sujet ? Il se dit que ce numéro pourrait être le dernier avant un petit temps…
Comme je l'ai déjà indiqué au début de cet entretien, la publication de mon livre a constitué pour moi, la fin d'un cycle. Les objectifs que je m'étais fixés en ressuscitant le fanzine en 2010, ont été atteints : parler de sexe, de violence, de gore, de politique, et de religion. Contrairement au professionnel qui doit vendre du papier afin de financer le prochain numéro du magazine qui va le faire vivre, le fanéditeur est un homme libre. Darkness Fanzine va donc marquer une pause, vraisemblablement pendant quelques années, pour diverses raisons que je ne souhaite pas exposer ici. Mais le blog, lui, va continuer tout comme la page Facebook et le compte Twitter qui lui sont associés. En attendant, Sin'Art va proposer dans quelques jours un 17ème numéro exceptionnel. Un numéro anniversaire qui, pour les trente ans du fanzine, proposera des extraits tirés des 16 numéros publiés entre 1986 et 2015, livrant pour l'occasion quelques documents inédits, l'histoire du fanzine, et un bras de fer avec Maître André Bonnet qui, malgré lui, a nourri ma prose ces dernières années.


Un grand merci à Christophe pour avoir pris le temps de répondre aux questions.
Et à Rigs pour son aide, cet entretien est également disponible sur son site http://www.toxiccrypt.fr/