mercredi 18 février 2015

Denis Chollet à propos du Mongol fier



Le Mongol fier par Denis Chollet: 

"Je ne sais plus comment est venue l'idée de faire un fanzine, sans doute en 1984 il nous fallait créer une rupture dans l'histoire déjà fameuse de la presse parallèle. Je ne vous fais pas l'historique ici, ce n'est pas le moment. Michel Fenioux est vite venu nous rejoindre mon frère Laurent, Jean-René Sirotic et moi. Entre les intentions dadaïstes, les fulgurances d'agit prop et l'investigation de domaines inexplorés, dans le sillage de la revue Bizarre par exemple, le feu d'artifice a duré 3 ou 4 ans...
On est passé à l'âge du photocopieur. Avec la possibilité, comme ce fut le cas pour la ronéo, d'imprimer le noir sur des pages en jaune ou en rose saumon, le fanzine prenait aussi des couleurs de vacances. Un tract distribué à la foire de l'art à Nice en 1987 disait sans ambages l'idéologie de ces dandys niçois : « Ils aiment passer du coq à l'âne. Ils ont stationné à Bordeaux, lors du festival Sigma. (…) Si vous parlez de peinture abstraite, ils vous parleront des effets spéciaux dans les vieux films de science-fiction. Ils ont publié une anthologie de l'humour noir avec des inédits de Vian, Scutenaire ou Boileau-Narcejac. Les tourments de Jean-Luc Godard ou de Philippe Sollers les laissent froids. Si vous croyez leur faire plaisir en parlant de « la guerre des étoiles », ils feront une déviation sur les thèses situationnistes ou sur la peinture de Soutine (…)»

Parfois la technique du cheval de Troie avec ou sans Hélène. Parfois l'haleine chargée d'apéritifs à trois. Les numéros se succédèrent, les rubriques se bousculaient dans un pêle-mêle joyeux : le sadisme populaire, les films de Darry Cowl, les bouquins de Cami, la vie de Pola Negri, les derniers dessins de Chaval dans Paris Match...Qu'est-ce qu'on  a dactylographié, machine IBM à boules interchangeables ! On a aussi des lettres manuscrites tout ça va bientôt finir dans le fond de la galaxie Gutenberg ! Jacques Baudou, Jean-Pierre Bouyxou, Luis Gasca, Claude Guillot, Numa Sadoul, Daniel Couegnas, Tristan Maya, Claude Haber, Jean-Luc Buard, Michel Laclos et j'en oublie... 
Des librairies légendaires, Les yeux fertiles, Le Minotaure, Ciné folie à Cannes, Les feux de la rampe à Paris, Temps Futurs, d'autres encore rue des Eperonniers à Bruxelles...

Jean-Claude Romer de Midi-Minuit Fantastique et copain de Monsieur Cinéma, nous encouragea devant Le Minotaure à démarrer cette enquête sur Jean Boullet, qui devint une histoire de la France underground. Un numéro Jacques Sternberg devait lui aussi contribuer à la connaissance de cette autre France mélangée de Belgique épisodiquement.
Un spécial Jacques Sternberg a été conçu par moi dès 1976. Le cycle Albin Michel en était à ses débuts, il fallait attendre, repousser l'échéance. L'écrivain m'adressa quelques lettres dont celle-ci qui se terminait par cet encouragement : « Suivre fidèlement ma carrière d'écrivain trop prolixe, ça doit être encore plus difficile que suivre dans le détail mes aventures plus ou moins amoureuses. Et c'est sans grand intérêt en fin de compte. J'attends avec impatience le Spécial Sternberg qui sera de toute façon un mini-événement : jamais aucune revue littéraire ne m'a jamais consacré le moindre hommage. Amicalement ».

Près de 9 ans plus tard paraissait ce spécial « Jacques Sternberg l'iconoclaste » (le n° 6) fait de nombreuses notes de lectures, itinéraires retracés, extraits de critiques, choix de textes et bibliographie ou filmographie. L’iconographie était le résultat d'un curieux mélange de gravures anciennes et de pin up découpées dans Playboy... avec parfois Laurel et Hardy en embuscade !

Le photocopieur a changé l'économie politique des éditeurs de fanzines, a facilité la production et les retirages mais la diffusion a continué d'être fastidieuse.  
Tout groupe est voué à la dispersion, les gars et les filles du fandom n'y échappent pas. A chacun de nous il fallu une bonne dizaine d'années pour mener à bien son œuvre.

Laurent Chollet avec son Insurrection situationniste, ouvrage devenu une référence en historiographie de la révolte contemporaine... et puis comme auteur ou co-auteur et directeur de collection (plus de 40 ou 50 ouvrages).
Michel Fenioux a très longtemps préparé ses itinéraires photographiques autour du graffiti et du pochoir, partout où le mur chante en images satiriques ou crie une solitude en convoquant des héros dérisoires, éphémères, dans les principales villes d'Europe... Jusqu'à vérifier le palimpseste de la façade extérieure de la maison de Serge Gainsbourg.
La Flibustière, fanzine édité par lui dans les années 90,  fut une suite logique au Mongol fier : un thème abordé brièvement et avec désinvolture, collages de Roger Cornaille, de Jacques Sternberg, poésie beatnik, insolite du fait-divers, introduction au contes brefs modernes, etc.
Il a publié dans un bulletin du Mongol fier (mars 1987) un entretien avec Sternberg. Fenioux a disparu des écrans de contrôle l'été 2003. On sait que dieu lui avait demandé une boite de havanes et il n'est pas redescendu...

Avec mes deux ouvrages sur Jean Boullet et sur la librairie Le Minotaure j'ai envisagé cette historiographie de la culture souterraine du demi-siècle sur laquelle nous campons encore aujourd'hui, certains d'entre nous. Une approche de documentariste conjuguée avec celle de l'écrivain, une ambition qui me pousse du côté d'un Greil Marcus dans ce cas.

En 1989 Sternberg m'invita aux journées du centre culturel du Botanique à Bruxelles. L’accueil fut particulièrement chaleureux..."

Source: http://jacques-sternberg-liconoclaste.perso.sfr.fr/

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